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clément v

S'il est un personnage aquitain célèbre ayant fait de la part des historiens l'objet de débats aussi opposés que souvent passionnés - voire quasi passionnels pour certains comme Villani - c'est bien le pape gascon Clément V. Il est vrai qu'il fut placé bien malgré lui au centre de l'affaire des Templiers. Et que de surcroît, pour des raisons de sécurité il dût transférer la papauté de Rome en Avignon.
Bertrand de Got est né aux environs de 1270 d'une famille de 11 enfants, 6 filles et 5 garçons. Seule la date de naissance du fils aîné, Arnaud Garsie a été conservée avec exactitude, ce qui est normal puisqu'il était l'héritier. La famille de Got n'est en fait au début du XIIème siècle ni riche ni pauvre. Rostaing de Got posséde alors une petite seigneurie en bordure de la rivière Ciron. Rien ne prédispose à l'époque cette famille à prendre l'importance qui va être la sienne au siècle suivant. Sauf le hasard. Un hasard qui fait que la puissante famille d'Albret possède un domaine auquel elles est très attachée - bien plus tard Henri IV y séjournera - à presque un jet d'arbalète du petit domaine des de Got. En 1240 les deux familles s'unissent par le mariage des grands-parents de Bertrand. Dès lors la famille de Got, si ce mariage ne l'enrichit pas - les époux vivront des seuls biens des de Got - va pouvoir bénéficier des hautes relations des d'Albret. Béraud, père du futur pape, fait un beau mariage avec Ida de Blanquefort qui l'ancre dans le parti anglais. C'est dans ces conditions que Bertrand de Got naît. De son grand père il a hérité intelligence et sens de la diplomatie. Très jeune Bertrand analyse sa situation avec discernement. Il n'est pas un soldat dans l'âme, il le sait. Cadet d'une famille de 11 enfants, il n'héritera de rien. Malgré sa parenté d'Albret il n'a pas assez d'appuis pour entreprendre la carrière diplomatique qui l'attirerait. Reste donc l'Eglise. Et là il a bien compris qu'avec l'atout essentiel dont il dispose - son oncle est archevêue de Lyon - s'il sait se distinguer par de brillantes études, l'avenir s'ouvrira. Et vite. Car il est déja apparemment un homme pressé. Dès 16 ans il est à Orléans, où il étudie durant 3 ans le droit. Il sera ainsi diplômé de cette Faculté alors la plus réputée de France pour les sciences juridiques. De retour à Bordeaux il s'arrange pour être emmené comme secrétaire par une mission de notables bordelais envoyés auprès du roi d'Angleterre. Avec pour but, réussi, de se faire connaître par le souverain anglais, qui ne manque pas de remarquer les compétences juridiques que ce jeune homme fort intelligent allie si exceptionnellement pour son âge à un sens aigu de la diplomatie. Départ à Bologne, à 20 ans, pour se parfaite en droit romain. Puis études à Rome. Au passage le jeune Bertrand se fait des relations dans la Cour pontificale, réussit même à être présenté au pape Boniface VIII, qui le remarque et lui accorde sa bienveillance.
Dès lors son retour à Bordeaux voit Bertrand de Got réaliser une ascension fulgurante. A 23 ans, il est un temps très bref chanoine de l'Eglise Saint-André de Bordeaux. Il a 25 ans lors de sa nomination comme évêque de Comminges. Là il déploie aussitôt une intense activité en faveur de l'art et de la restauration des édifices religieux, tout cela autant prétexte à certains voyages en Italie qu'à l'entretien de contacts permanents avec Rome et la cour pontificale. Dans le même temps le roi d'Angleterre commence à le prendre comme conseiller pour ses affaires aquitaines. En 1299 le pape Boniface VIII le nomme archevêque de Bordeaux. Bertrand de Got a 29 ans. Peut-être toutefois n'imagine-t-il pas alors tout de même, ce jeune homme ambitieux, qu'il sera pape dans 6 ans ...
De fait, déja parvenu aux deux tiers de sa vie, il ne lui reste plus que ces six années à maîtriser vraiment. De 1299 à 1304, l'archevêque de Bordeaux va admirablement jouer le rôle de conciliateur entre les rois de France et d'Angleterre après la rupture entre les deux monarques sur la question d'Aquitaine. Fin diplomate, il ne se rallie ni ne s'appuie sur l'Angleterre contre la France. Mais s'abrite tout simplement derrière l'idée alors incontestable que ni Dieu ni son église ne doivent ni obéissance ni serment d'allégeance à quelque roi que ce soit. Et ce fortement rappelé par Bertrand de Got dans une déclaration faîte à Paris même en avril 1302. Loin de lui en tenir rigueur le roi Philippe le Bel choisit de faire verser 100 livres de dédommagement à l'archevêque de Bordeaux, pour contrebalancer en fait les libéralités du roi d'Angleterre à l'égard d'un archevêque de Bordeaux de plus en plus médiateur incontournable entre les deux couronnes.
Les affaires aquitaines ne détournent cependant pas l'archevêque de Bordeaux de Rome. Il s'y rend notamment au concile de fin 1302. Puis en 1303. Il déploie là tous ses talents diplomatiques pour accroître son influence au Vatican. Probablement a-t-il l'idée d'un chapeau de cardinal. Concernant la tiare pontificale, il n'y pense pas. D'abord parce qu'il se sait à 32 ans trop jeune. Mais ensuite et surtout parce qu'il connaît bien personnellement le roi de France Philippe le Bel et la situation catastrophique de ses finances qui annonce l'affaire des Templiers, dont la seule vraie raison est de mettre la main sur les immenses richesses du Temple pour redresser les finances du royaume de France. Cela urge. Bertrand était à Paris quand le roi de France a dû se réfugier à la Tour du Temple pour échapper à des émeutes populaires contre l'altération des monnaies royales. Bertrand de Got sait qu'il ne vaudra mieux pas être pape durant cette affaire. Et comme Boniface VIII semble réellement fatigué, l'archevêque de Bordeaux se rapproche de celui qu'il verrait bien comme successeur de Boniface, Nicolas Boccasini. Ce dernier succède à Boniface VIII en octobre 1303. Mais son intransigeance - il menace d' excommunier le chancelier du roi de France, Nogaret - explique la brièveté de son pontificat. Il meurt en juillet 1304 après avoir goûté à des figues apportées par un homme déguisé en bonne soeur.

blason famille de got
La vacance pontificale va durer 11 mois. Il est vrai qu'après les morts violentes de deux papes, au reste imputées à la couronne de France, les candidats ne se bousculent pas. Ce qui en soi dément la thèse de Villani du complot français entre Philippe le Bel et l'archevêque de Bordeaux. S'il en était ainsi, les deux "Français" auraient occupé le terrain des négociations préparant le concile. Or les deux hommes apparaissent très absents de telles négociations. Si tant est d'ailleurs qu'elles aient alors sérieusement lieu. Pour tout le monde, il est urgent d'attendre.
à suivre

le perroquet basque